« J’étais, tu étais, il était » — trois formes que tout le monde a récitées à l’école, mais que beaucoup confondent encore avec le conditionnel ou le passé simple dès qu’il faut les écrire sans filet. Le verbe être est le plus fréquent de la langue française, et son imparfait est l’un des temps les plus utilisés dans un récit, une description ou un souvenir. Autant le maîtriser complètement.
Cet article couvre la conjugaison complète, les terminaisons à retenir, les erreurs classiques et tous les contextes où l’imparfait du verbe être s’impose naturellement. On va droit au but.
La conjugaison du verbe être à l’imparfait
Tableau complet des six personnes
L’imparfait se construit sur un radical fixe pour le verbe être : ét-. Ce radical ne change pas selon la personne — c’est l’une des grandes régularités de ce temps, même si le verbe être est par ailleurs très irrégulier au présent ou au passé simple.
| Pronom | Forme conjuguée | Prononciation |
|---|---|---|
| Je | j’étais | [ʒetɛ] |
| Tu | tu étais | [tyetɛ] |
| Il / Elle / On | il/elle/on était | [iletɛ] |
| Nous | nous étions | [nuzetjɔ̃] |
| Vous | vous étiez | [vuzetje] |
| Ils / Elles | ils/elles étaient | [ilzetɛ] |
✅ À retenir
Les personnes du singulier (je, tu, il/elle/on) et la 3e personne du pluriel (ils/elles) partagent la même terminaison -ais / -ait. Seules les 1re et 2e personnes du pluriel changent : -ions et -iez. C’est la règle universelle de l’imparfait, pas une exception d’être.
L’accent circonflexe sur « étais » et ses cousines
Le é accentué de toutes les formes vient du latin eram (« j’étais »). L’accent circonflexe n’est pas présent ici — ne pas confondre avec êtes (présent, 2e personne du pluriel). À l’imparfait, on écrit étiez sans accent circonflexe sur le premier e. Beaucoup écrivent à tort « étiez » avec un accent sur le e de la terminaison — cette erreur n’existe pas, le seul accent est le é initial du radical.
⚠️ Les confusions fréquentes à éviter
Imparfait vs conditionnel présent
C’est la confusion numéro un chez les apprenants et même chez des francophones natifs à l’écrit. « J’étais » (imparfait) se prononce exactement comme « je serais » (conditionnel) ? Non — mais « il était » et « il serait » sonnent très différemment. Le vrai piège, c’est à l’écrit :
- « Si j’étais riche… » → imparfait dans la subordonnée conditionnelle (si + imparfait)
- « Je serais heureux » → conditionnel dans la principale
- On ne dit jamais « Si j’aurais » — c’est une faute grave très répandue.
⚠️ À garder en tête
Après si conditionnel, on met toujours l’imparfait (jamais le conditionnel). « Si j’étais toi » est correct. « Si je serais toi » est une faute.
Imparfait vs passé simple
Le passé simple du verbe être — je fus, tu fus, il fut, nous fûmes, vous fûtes, ils furent — n’a aucune forme commune avec l’imparfait. Pourtant, dans un texte littéraire, les deux temps cohabitent et jouent des rôles bien distincts :
- L’imparfait décrit un état continu ou répété : « La maison était vieille. »
- Le passé simple exprime un fait ponctuel et achevé : « Il fut élu président en un soir. »
Dans un roman, alterner les deux donne du rythme. Utiliser uniquement l’imparfait aplatit le récit ; utiliser uniquement le passé simple le hache.
🎯 Quand utiliser l’imparfait du verbe être ?
La description dans un récit passé
Premier emploi, le plus classique : planter le décor. L’imparfait du verbe être sert à décrire un état, une situation, une atmosphère à un moment passé sans en marquer la fin. « Le ciel était lourd, les rues étaient désertes. » On ne sait pas quand cet état a commencé ni quand il s’est terminé — c’est précisément le sens de l’imparfait.
« Il était une fois… » — les trois mots qui ouvrent tous les contes de fées sont à l’imparfait du verbe être. Pas par hasard : ils installent un cadre temporel flou, indéfini, propice au merveilleux.
— Tradition narrative française
L’habitude ou la répétition dans le passé
Deuxième usage massif : exprimer ce qui se passait régulièrement. « Nous étions toujours les premiers arrivés. » L’imparfait ici ne dit pas qu’un événement a eu lieu une fois, mais que c’était une habitude. Remplacer mentalement par « tous les jours, nous étions… » : si la phrase tient, c’est bien l’imparfait qu’il faut.
Le style indirect libre et la politesse
L’imparfait du verbe être apparaît aussi dans deux contextes moins scolaires mais très courants :
- Style indirect libre : « Elle réfléchit. Où était-elle censée aller maintenant ? » — le narrateur adopte le point de vue du personnage sans guillemets.
- Politesse atténuée : « Je voulais savoir si vous étiez disponible. » — l’imparfait adoucit la demande, la rend moins directe qu’un présent.
💡 Notre conseil
Pour tester si vous devez employer l’imparfait ou le passé composé, reformulez avec « en train de » : « Il était en train d’être malade » sonne naturel → imparfait. « Il a été nommé directeur » est un fait ponctuel → passé composé. Ce test fonctionne dans 90 % des cas.
Formation de l’imparfait : la règle générale derrière être
Le radical de l’imparfait vient du présent
Pour tous les verbes français (sauf être), le radical de l’imparfait se construit sur la 1re personne du pluriel du présent. Pour avoir : « nous avons » → radical av- → j’avais. Pour finir : « nous finissons » → radical finiss- → je finissais.
Le verbe être casse cette règle. « Nous sommes » aurait donné un radical somm- — or on dit j’étais, pas je sommais. Le radical ét- est issu directement du latin classique. C’est l’exception la plus mémorable de la conjugaison française, et elle vaut la peine d’être retenue comme telle.
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seul verbe français à former l’imparfait sur un radical latin — être
Les terminaisons de l’imparfait (universelles)
Qu’importe le verbe, les terminaisons de l’imparfait ne changent jamais :
- -ais (je)
- -ais (tu)
- -ait (il/elle/on)
- -ions (nous)
- -iez (vous)
- -aient (ils/elles)
Ces six terminaisons s’appliquent à être comme à n’importe quel autre verbe du 1er, 2e ou 3e groupe. Maîtriser l’imparfait d’être, c’est donc aussi intérioriser la mécanique globale de l’imparfait — un investissement rentable.
Être à l’imparfait dans les temps composés
L’imparfait comme auxiliaire
Le verbe être n’est pas qu’un verbe d’état : il sert d’auxiliaire pour former le plus-que-parfait passif et les temps composés de nombreux verbes (aller, venir, partir, naître, mourir, et tous les verbes pronominaux). À l’imparfait, cette fonction auxiliaire donne le plus-que-parfait :
- « Il était parti avant l’aube. » → plus-que-parfait (être imparfait + participe passé)
- « Elles s’étaient trompées. » → plus-que-parfait pronominal
- « La décision avait été prise. » → plus-que-parfait passif (avec avoir)
Le plus-que-parfait exprime une action antérieure à une autre action passée. Dans un récit, il permet d’imbriquer les couches temporelles sans ambiguïté. Maîtriser l’imparfait d’être, c’est aussi débloquer ce temps composé essentiel.
Accord du participe passé avec être auxiliaire
Quand être est auxiliaire, le participe passé s’accorde en genre et en nombre avec le sujet. « Ils étaient partis », « elles étaient arrivées ». L’accord est automatique, mais beaucoup l’oublient par analogie avec avoir — qui, lui, s’accorde avec le COD placé avant. Deux auxiliaires, deux règles d’accord différentes : c’est l’un des points de grammaire où même des locuteurs avancés font des fautes.
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Questions fréquentes
Quelle est la différence entre « il était » et « il a été » ?
« Il était » (imparfait) décrit un état continu ou une situation dans le passé sans en marquer la fin précise : « Il était fatigué ce jour-là. » « Il a été » (passé composé) exprime un fait accompli et délimité : « Il a été nommé directeur en 2020. » L’imparfait peint une toile de fond ; le passé composé y pose des événements précis.
Pourquoi écrit-on « étions » et « étiez » avec -ions et -iez ?
Ces terminaisons (-ions, -iez) sont celles de l’imparfait pour toutes les 1re et 2e personnes du pluriel, quel que soit le verbe. Pour être, elles s’ajoutent au radical « ét- » : ét + ions = étions, ét + iez = étiez. Il n’y a pas d’accent sur le second e dans « étiez » — seul le premier e porte l’accent aigu.
Comment distinguer l’imparfait du verbe être du conditionnel présent du même verbe ?
L’imparfait d’être (j’étais, tu étais…) et le conditionnel présent de être (je serais, tu serais…) ont des formes bien distinctes à l’écrit. Le conditionnel utilise le radical « ser- » du futur. Le seul piège oral concerne « il était » [etɛ] vs « il serait » [s(ə)ʁɛ] — les deux se terminent par le même son [-ɛ], mais les radicaux sont différents et impossible à confondre à l’oreille.
Est-ce que le verbe être à l’imparfait peut servir d’auxiliaire ?
Oui. Être à l’imparfait forme le plus-que-parfait avec de nombreux verbes : « elle était venue », « ils s’étaient disputés », « la lettre avait été envoyée » (passif). Ce temps composé exprime une action antérieure à un autre moment passé dans le récit. L’accord du participe passé se fait avec le sujet quand être est auxiliaire.
Pourquoi le radical de l’imparfait d’être est-il « ét- » et pas « somm- » ?
En français, le radical de l’imparfait vient normalement de la 1re personne du pluriel du présent (nous sommes → radical somm-). Être fait exception : son radical « ét- » vient directement du latin « eram » (j’étais en latin classique). C’est l’unique verbe français à former son imparfait sur un radical d’origine latine distincte de son présent actuel.






